Henri-Lazare était polisseur sur marbre. Un matin, alors qu’il se rendait à son atelier, l’appel d’air d’un camion le projeta sur le côté, tête la première sur un gros caillou. Il en gardera une lenteur, une démarche d’infirme. « Tu voulais être tailleur de pierre, c’est une pierre qui t’a taillé », résume Pierre Vavasseur, son fils. C’est lui qui prend la plume pour restaurer l’honneur de ce père. Car ce dernier fut contraint de laver les sols de l’usine, malgré son handicap ; d’ignorer les railleries ; d’encaisser l’amertume de sa femme, que l’aigreur avait rendue méchante. Ce père-là parlait à peine, aimait dessiner. Dire « mon p’tiot », c’était déclarer son amour. En retour, Pierre Vavasseur, enfant, lui massait les pieds. D’une écriture tremblante et magnifique, il déploie un monde disparu, où les hommes broyés trouvent encore la force d’être doux. Où les fils, devenus grands, devenus manieurs de mots, peuvent, enfin, réparer les pères.

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