Dès les années 2000, la démographie des médecins généralistes commence à inquiéter les pouvoirs publics, la population et la profession médicale elle-même. Pour lutter contre les déserts médicaux, les politiques privilégient des mesures incitatives, refusant de toucher à la liberté d’installation et d’organisation des médecins.

La plus emblématique d’entre elles est la création des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), en 2007, qui rassemblent des professionnels médicaux et paramédicaux. Ceux-ci s’engagent auprès de l’assurance maladie et de l’administration sanitaire à appliquer de nouvelles règles en matière d’accès aux soins et de coordination, mais aussi à développer des activités de santé publique. Adoubées par l’État, les MSP sont considérées comme attractives par les jeunes médecins généralistes qui, sans y être contraints, acceptent désormais d’exercer sous contrat.

À travers une étude menée à l’échelle nationale et dans six MSP, Anne Moyal montre que, si les médecins généralistes ont réussi à s’approprier ce modèle et à préserver jusqu’à présent leur autonomie, les maisons de santé contribuent à un encadrement progressif de leur activité. Cette enquête révèle ainsi les profondes transformations de la médecine générale en France.



Sociologue, Anne Moyal est enseignante à l’École des hautes études en santé publique (EHESP), chercheuse affiliée au laboratoire Arènes (CNRS) et associée au Centre de sociologie des organisations (CSO) de Sciences Po.

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